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Blog: Vivre avec 180 euros par mois




La députée Carla Dejonghe tente de vivre un mois avec 180 euros, soit le montant qui reste à Miss SDF après déduction de ses frais fixes. Vous pouvez suivre ses expériences ici.

14 novembre 2013

Je vais à la rencontre de Miss et Mister SDF, Thérèse et Grégory, qui m’attendent à l’ASBL Corvia, celle-ci vient en aide aux personnes en difficultés. Je leur remets symboliquement les clefs de ma voiture ainsi que mes cartes bancaires puis nous rédigeons ensemble une liste de courses : café, lait, oeufs, pâtes, légumes… Heureusement que j’ai pris mon caddy.

Arrivés devant le supermarché, Grégory sort sa calculatrice. Il est important d’avoir un œil avisé sur les produits achetés afin d’éviter de mauvaises surprises à la caisse. Un autre conseil : ne pas faire ses courses le ventre vide et, surtout, s’en tenir à sa liste !

J’ai la chance de savoir cuisiner. Carottes, oignons, tomates...n’ont plus de secrets pour moi. Après discussion avec Grégory, je peux tout de même me faire plaisir et m’acheter un tube de crème pour le visage. Les petites choses deviennent importantes.

Le montant des courses tombe… 29,33 euros à la caisse. Le compte est bon.

Arrivée à la maison, ma boîte mail déborde de messages. Non seulement d’amis mais aussi d’anonymes qui me font part de leurs témoignages : ces derniers m’avouent que, bien souvent, ils doivent survivre avec encore moins de 180 euros par mois.

Le soir venu, je me fais de la soupe avec quelques oignons, un poireau et une boîte de tomates. Les macaronis attendront demain.


16 novembre 2013

Je n’ai pas changé mes habitudes au petit déjeuner : yaourt et céréales avec du lait, bien que ces marques-ci n’ont pas le même goût que celles que j’achète habituellement. Je me fais des tartines au choco pour midi. Je ne sais pas encore bien gérer mon budget. Quelqu’un m’a conseillé de mettre 10 euros de côté pour la dernière semaine.

Les réactions fusent. Ma boîte mail est pleine : des messages de personnes contentes que l’on mette le sujet de la précarité en avant, d’autres qui me donnent de bons conseils mais aussi d’histoires douloureuses. Quelques réactions sont négatives. Je les comprends… il est vrai que je ne dois vivre qu’un mois avec 180 euros, pour d’autres c’est leur quotidien. Je suis en bonne santé et après ce mois, je retournerai à ma vie « d’avant ». Entretemps, cette action aura, je l’espère, ouvert les yeux à beaucoup de personnes. Souvent les gens m’expliquent qu’ils veulent travailler mais qu’ils ne trouvent pas de job. Je ferai remarquer à mon chef de groupe, lors des discussions sur le budget 2014 au Parlement, que le montant alloué à ACTIRIS pour favoriser la recherche ou la reprise d’emploi est bien trop faible.

Sur le chemin du retour, deux dames m’interpellent dans le métro. Ce que j’entreprends les a fait réfléchir. Elles ne me semblent pas avoir de problèmes financiers mais comme le dit si bien l’adage : « l’habit ne fait pas le moine ».

Mes habitudes au supermarché ont changé. Je ne mets plus mécaniquement les produits dans mon caddy. Maintenant, je recherche toujours le produit bon marché.

Après le dîner, je rends visite à maman. Ce soir-là, aller au cinéma n’était pas possible, mon budget ne me le permet pas. Pour certains, ce n’est malheureusement jamais possible. Chez maman je peux me réchauffer un peu. En plus, ses 2 chiens Pluto et Quick sont toujours contents de me voir. Un amour sincère. Je comprends pourquoi maintenant, pour certaines personnes vivant dans la précarité, la présence d’un chien est essentielle, voire vitale : ils sont bien souvent leur seul compagnon de route, leur confident.


18 novembre 2013

Aujourd’hui, je vais à la bibliothèque. Ma vie sociale étant moins riche, j’ai beaucoup plus de temps pour lire. La bibliothécaire me présente spontanément le DVD « Miss Homeless ». Dans la rue, les gens continuent à m’aborder en me souhaitant « bon succès ». C’est un peu gênant: j’essaie tout simplement de vivre, pendant quatre semaines, ce que d’autres doivent subir tous les jours: joindre les deux bouts avec un budget serré, en espérant qu’il n’y aura pas d’imprévus.

Grégory va ce week-end au mariage du parrain de sa petite-fille. Il a dû vendre des jeux vidéo pour pouvoir lui acheter un cadeau et les tickets de train pour s’y rendre. De telles histoires donnent à réfléchir…

Dans ma boîte aux lettres, je trouve quelques publicités. Je les regarde. À l’Asbl Corvia, on les jette immédiatement à la poubelle pour que personne ne soit tenté d’acheter des choses superflues.

Maman est un peu bouleversée après avoir vu un débat télévisé. Elle ne comprend pas pourquoi on m’adresse des remarques blessantes. Une maman reste une maman… Le fait que l’on débatte sur le bien-fondé de cette action m’énerve bien plus. Il vaudrait mieux garder toute cette énergie afin de trouver des solutions pour améliorer la situation !

Dimanche, une amie et son partenaire viennent me rendre visite pour m’encourager. Je leur offre un café bien chaud, mais ils ne restent pas longtemps. Je me suis un peu habituée au froid dans la maison mais pas mes visiteurs. Nous avons parlé du gaspillage de la nourriture. Jusqu’il y a peu, les supermarchés devaient payer une TVA sur les dons de nourriture : il était plus avantageux de la jeter que de la donner à des banques alimentaires. Heureusement cette règle a été abolie. Le secteur a surtout besoin de soutien logistique. Pour l’aider, nous allons appuyer une proposition de soutien dans ce sens au Parlement bruxellois.

Mais le plus grand gaspillage est le fait même des familles. Presque la moitié des fruits et légumes n’est pas consommée. Et là, nous pouvons tous faire quelque chose…

 

 20 novembre 2013

Au Parlement, tous mes collègues me posent la même question: «As-tu déjà maigri »? Deux options: soit ils blaguent soit ils pensent vraiment que je n’ai rien à manger. Mais ce n’est pas la nourriture qui pose (momentanément) problème. J’ai reçu beaucoup de conseils pour ne pas manger tous les jours la même chose et pour me nourrir plus sainement.

Naturellement, la loi de Murphy a frappé. Après la lumière du frigo et quelques ampoules dans la cuisine, c’est maintenant l’éclairage extérieur de la porte d’entrée qui ne fonctionne plus. Malheureusement, mon budget ne permet pas de frais imprévus. Je vais devoir patienter…

« Opération Thermos » coordonne plusieurs Asbl qui distribuent de la nourriture dans le couloir de la Gare Centrale. Du 1er novembre au 30 avril, sont distribués chaque soir environ 140 repas chauds, une forte hausse comparée à l’an dernier. Des sans-abris viennent manger, mais aussi des gens qui ont du mal à vivre avec leur petite pension.

Ils n’oublient pas les animaux non plus : les gens peuvent venir chercher un sac d’alimentation pour chiens ou chats. A Noël et au Nouvel-An, des bénévoles décorent le couloir et offrent un souper festif.  Un vétérinaire est même présent pour soigner et vacciner les animaux. Malheureusement, la SNCB n’a pas encore donné son autorisation pour ces jours de fête…

Mes amis continuent à m’inviter. Très sympathique, mais je refuse toute invitation. Je jette également plein d’invitations pour réceptions et autres festivités, à la poubelle.

J’arrive juste à temps pour le Conseil Communal en tram. La soirée sera longue mais j’aurais chaud, au moins. Je réalise que faire de la politique n’est pas possible si on n’assiste pas à des tas de réceptions et dîners d’associations… qui coûtent de l’argent ! J’ai de la chance : mon voisin est en voiture et je peux rentrer avec lui.

Je me casse la tête pour confectionner un repas bon marché : j’ai un ami qui vient dîner. Je ferai de la soupe de courgettes, suivie d’un stoemp de carottes. Deuxième problème : il fait froid chez moi. Le système D s’impose: je mettrai une petite table dans mon bureau. Je peux facilement chauffer cette petite pièce avec un radiateur électrique. Espérons que cet ami apportera une bouteille de vin!

 

22 novembre 2013

 J’ai une réunion au Parlement et mes 19 collègues me tiennent à l’œil pour que je ne me serve pas au buffet. Les éclairs me mettent l’eau à la bouche, mais je résiste !

J’ai reçu par mail, les résultats de l’European Consumer Payment Report 2013. Un Belge sur 4 dit ne pas pouvoir mener une vie décente avec ce qu’il gagne. Nos compatriotes voient surtout la perte d’un emploi ou le prix de l’énergie et du pétrole comme les causes les plus importantes à leurs problèmes financiers.

En commission d’infrastructure, nous discutons les budgets 2014. Nous parlons de la mobilité. Il faut l’admettre : depuis que je me déplace uniquement en transports en commun, j’ai découvert des lignes de trams et de bus que je ne connaissais que sur papier.

Je pars à l’Asbl Corvia pour leur apporter mon aide à la préparation d’une bonne soupe. Grégory et Thérèse m’y attendent ainsi que Pierre. Un ancien journaliste qui s’est retrouvé à la rue. « Sex, drugs & rock & roll » …  Entre-temps, il ne boit plus qu’une bouteille de vodka par jour ! Il travaille comme bénévole pour Radio Panik et une nouvelle gazette que l’Asbl Corvia veut lancer. Il mène une interview et je remarque qu’il a dû être un excellent journaliste. Ses questions sont très pointues.

Le grand rêve de Thérèse se réalisera bientôt : le 6 décembre elle ira chercher un chiot Cavalier King Charles. Elle a épargné deux ans pour pouvoir l’acheter. Le nom est déjà choisi : Désir. Thérèse me demande si je veux devenir marraine de la petite bête à quatre pattes. Elle veut tout simplement que quelqu’un s’en occupe s’il lui arrive quelque chose.  Me voilà donc marraine pour la quatrième fois : de jumelles de 19 ans, d’une nièce de 7 ans et maintenant d’un petit chien !   

Une partie de l’argent que j’épargne ce mois-ci sera destinée à acheter des manteaux avec logo pour les bénévoles de l’Asbl Corvia. Comme cela, ils seront reconnaissables lors des distributions de nourriture, sacs de couchage, sacs à dos…

Le Plan Hiver à Bruxelles a enfin commencé. Des SDF peuvent loger dans un bâtiment de la rue Royale. Seul problème: les repas chauds dans le couloir de la Gare Centrale sont servis à partir de 20h00 mais à 21h.30, au plus tard, tout le monde doit être rentré. On m’explique que certains  n’osent pas prendre le risque de ne pas avoir de toit pour la nuit et ne viennent pas manger. Un peu de coordination serait bien nécessaire, non?


25 novembre 2013

J’apporte des CD du groupe Rockenbach chez le disquaire à la Monnaie. Ils sont vendus au profit de l’Asbl Corvia et je suis marraine du projet. Le propriétaire me raconte que l’année dernière, presque la moitié de ses fournisseurs a fait faillite. Puis, il me montre quelques CV qu’il a reçus. Non seulement, la plupart des candidats a oublié de joindre une lettre de motivation mais aussi d’autres envoient des lettres remplies de fautes d’orthographe, voire illisibles ou sans signes de ponctuation. L’une d’entre elles mentionne tout simplement : «Je suis un chouette gars et je veux travailler pour vous». De nombreuses personnes sont inscrites à la VDAB (agence flamande pour l’emploi), censée tout de même aider des chercheurs d’emplois à rédiger de bons  CV et lettres de motivation. Il est certain que présentées ainsi ces CV ne persuaderont aucun employeur !

Ce matin, j’accompagne Grégory, Mister SDF, à l’abattoir d’Anderlecht. Des centaines de kilos de viande dans les stands. Je suis son exemple et j’achète du steak, des carbonades, du hachis, des pilons de poulet et des rognons pour mettre au congélateur. J’ai payé 35 euros, mais le reste du mois je ne devrai plus acheter de viande.  Je prends aussi des tomates et quelques fruits au marché.  Un boucher m’a récemment raconté qu’il y avait une énorme différence entre le début et la fin du mois. Les premières semaines, il vend des plats préparés, du steak, de la viande de veau… A la fin du mois, ce sont surtout des saucisses et du hachis qui sont demandés au comptoir.

Grégory veut passer chez «Bij de Jef», après nos achats. Il se paie un grand hamburger et m’explique que de temps à autre, il faut se faire plaisir. J’ai froid et je lui propose d’aller boire un café. Je paie pour nous 2, encore 4 euros qui sortent de mon porte-monnaie.

Je termine le week-end au « Congrès du futur » de l’Open Vld. L’auditoire de Flagey est bondé. Notre présidente, Gwendolyn Rutten, conclut ce congrès de manière positive.  Mais ce sont les mots de Matthias Declercq qui raisonnent dans ma tête : «Notre parti fait la différence parce que nous somme un parti social. Nous voulons tendre la main à tout le monde et être solidaire. Cela fait de nous un parti chaleureux.» Dans la salle, circulent des tirelires pour l’action Hayain 21-21. J’y contribue. Mon budget se réduit comme une peau de chagrin...

Pendant la réception (gratuite) plusieurs collèges me parlent de mon action. Fientje Moerman m’explique un proverbe américain : « Il n’y a qu’un mois de salaire qui fait la différence avec la pauvreté ». En effet, beaucoup de gens ne peuvent plus rien mettre de côté et, si un mois de salaire est impayé, on se retrouve plus vite dans la précarité que prévu. Il y a tellement de monde à cette réception que j’arrive à peine à boire un verre et à prendre un zakouski. Alors qu’auparavant, Grégory et Thérèse m’avaient bien expliqué que lors d’une réception, il fallait essayer de manger le plus possible!


27 novembre 2013

J’avais promis d’aider Thérèse à déménager vers une chambre située dans une maison collective. Cela se fait à pied avec un vieux buggy.  Son fils Michel et un ami viennent aussi nous aider, mais tout se déroule très lentement. Il est certain qu’ils vivent à un autre rythme que moi.

Je n’en crois pas mes yeux quand je vois la petite chambre qui sera la sienne. Son fils, qui a un retard mental, y loge momentanément. Il doit aller dans la chambre voisine car l’odeur y est insupportable.

Peu après, Salif, un autre habitant, entre la joue enflée. Il a une infection dentaire et est enfin allé consulter un dentiste. Grâce au tiers-payant, les plus précaires peuvent bénéficier de soins médicaux, mais ils attendent toujours trop longtemps. 

J’ai encore des questions et j’ai pris rendez-vous au CPAS de ma commune. Tout le monde y est le bienvenu, mais malheureusement il y a encore toujours une certaine gêne à s’y rendre. De plus, les services du CPAS ne sont pas assez connus. Un point centralisé pour toutes les affaires sociales me semblerait être une bonne chose. Un service qui s’occuperait des gens avec des problèmes financiers, à la recherche d’une crèche, d’aide ménagère ou d’autres informations…  Ceci pour rendre tout service plus commodément accessible.

La campagne fédérale : « Osez comparer, réfléchissez avant de vous… » a attiré mon attention. La moitié des Belges a souscrit à un abonnement non conforme à leurs besoins réels en télécommunication. De même que pour les fournisseurs en énergie. Les différentes formules proposées sont souvent incompréhensibles. Plusieurs communes ont répondu à l’appel pour aider les citoyens à faire le choix le plus économique.

Le soir, le couloir de la Gare Centrale, s’éveille. Je vois beaucoup de SDF et de gens en situations précaires. Les membres de Médecins du Monde passent, reconnaissables à leur veste blanche. L’Asbl Corvia distribue des sacs à dos et des sacs de couchage, d’autres bénévoles sont là avec des viennoiseries. Vers 20h00, on amène des tables et des repas chauds.

Je suis contente de pouvoir aller jouer du saxophone avec l’harmonie locale. Non pas pour la boisson gratuite après la répétition, mais pour l’ambiance. Ne pas rester seule à la maison et m’amuser. Même si cela veut dire que j’ai raté mon bus et que je devrai rentrer à pied…  


29 novembre 2013

Ce matin 29 novembre, je suis allée chez “Médecins du Monde” à Bruxelles.  Les gens sont nombreux à se presser devant la porte.  Seules huit personnes pourront bénéficier de la consultation parce qu’il n’y a qu’un médecin aujourd’hui.  Les autres devront aller à l’hôpital ou chez un autre médecin. “ Médecins du Monde” offre des soins de première et deuxième lignes.  Tout un chacun y est le bienvenu. Ils se rendent aussi en ville, à la recherche de femmes avec enfants en situation précaire, devant la sortie des églises où il y a beaucoup d’illégaux, dans des endroits que fréquentent des toxicomanes… Leur “medibus” est en partie  financé par la STIB.  En général, les gens ne s’y retrouvent pas dans le système complexe médical belge et manquent de bons (documents) papiers.   Cinq à dix pour cent des habitants de notre capitale, soit environ 60.000 personnes, n’ont pas de mutuelle.  L’organisation est toujours à la recherche de bénévoles, surtout dans le domaine médical.  Les listes d’attentes de leur quatre dentistes bénévoles, par exemple, est déjà remplie jusqu’en février.

Encore une réunion à midi, encore un buffet, encore des collègues qui me surveillent afin que je ne prenne rien…  Cette fois, j’avais prévu la chose, je n’ai pas faim car j’ai mangé les restes de pâtes d’hier soir!

Il n’est pas toujours évident de faire un cadeau personnel quand on a un budget serré.  Pour l’anniversaire d’un de mes amis, j’ai trouvé la solution : j’ai sollicité un ami, doué en dessin, pour me faire une caricature.  Cela m’a tout juste coûté une bière. Espérons qu’il l’appréciera …

CEBUD, le centre de conseil et de recherche budgétaire, fait remarquer que la période des fêtes est le moment où les gens sont le plus tentés d’acheter et donc s’endetter.  Gérer un budget n’est pas toujours facile.  L’enseignement ne peut pas tout résoudre, mais selon moi, quelques cours pour apprendre à gérer un budget avec un exercice pratique pourrait contribuer à une meilleure gestion de ses dépenses personnelles. Ainsi, les CPAS de Merchtem et de Zottegem proposent déjà aux écoles un programme de prévention.  Les professeurs disposent d’un coffre éducatif  qui enseigne aux enfants, de façon ludique,  à gérer leur argent.  Il existe aussi un dossier pédagogique pour les écoles secondaires.

Entre les discussions de budget au Parlement,  je suis allée à la “3ème Convention annuelle de la plate-forme européenne contre la pauvreté et l’exclusion sociale”. Juste à temps pour le groupe de travail “Le rôle des villes dans les investissements sociaux”.  Partout dans le monde, certaines villes attirent les plus pauvres parce qu’ils espèrent améliorer leur conditions de vie.  Les villes peuvent être un tremplin pour avancer et s’en sortir. Malheureusement ceci n’est pas toujours le cas pour tout le monde.

Répondre aux mails continue à me donner beaucoup de travail.  De nombreux cas de figure peuvent expliquer les raisons de problèmes financiers et sociaux tels qu’une faillite, un divorce, des problèmes psychiques ou de santé…  J’ai compris depuis bien longtemps qu’on ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac.  Chacun a sa propre histoire et a besoin d’une solution sur mesure!


2 décembre 2013

Le week-end dernier, Grégory m’a emmenée dans des cafés où l’on sert des bières à 1 euro. Sortir devient une activité onéreuse pour des gens disposant d’un budget serré, il devient alors évident qu’ils ne le font pas souvent. On rogne sur sa vie sociale. Grégory appelle notre sortie : “Faire la tournée des Grands-Ducs”. Drôle d’expression quand on en connait la signification “faire une sortie luxueuse, sans compter”. Nous allons dans deux cafés à Bruxelles. Grégory parle beaucoup, il me raconte « une partie » de sa vie : il vient d’une famille de 23 enfants (il fait partie de quadruplés) qui ont tous été placés. Il a dormi 3 ans sous un pont à Evere jusqu’à ce que l’Asbl Corvia lui vienne en aide. Il se fâche quand il me raconte l’histoire de son amende pour avoir voyagé sans billet auprès de la SNCB, qui date du temps où il était encore SDF (et qui s’élève depuis à 20.840 euros...).  Et tout cela, pendant qu’il essayait de régler ses dettes pour l’accouchement de sa femme.

Ma soirée me coûte 6,20 euros. Grégory se moque d’un sans-abri qui vient nous demander de l’argent. Il m’explique qu’étant donné les habits de l’homme et le fait qu’il n’emporte rien, il est impossible qu’il n’ait pas de toit!

Une de mes filleules se produit dans un spectacle de danse à Ath.  J’avais promis de venir l’admirer et je me dois de tenir parole.  Sans voiture, il ne me reste qu’une option : le train.  La formule la moins chère est le billet « week-end » à 9,20 euros.  A cette somme s’ajoute l’entrée du spectacle : 10 euros.  Mais la petite est tellement heureuse que je vienne la voir…  Mon argent fond comme neige au soleil.  Il ne me reste que 37,20 euros pour environ 2 semaines.

Je reste longtemps au lit ce dimanche. Je me suis levée à 11 heures, il faisait cru. J’ai vite allumé le petit radiateur électrique de la salle de bains. Pour me distraire, je suis allée chercher les chiens chez maman pour les promener. Cela leur plaît bien à ces petites bêtes que ma vie sociale se détériore, ils adorent se dégourdir les pattes. De plus, ils me remontent le moral. Qui n’a pas dit: “Il n’y a pas meilleur psychiatre au monde qu’un chien qui vous lèche la figure”?

J’ai reçu un mail d’un membre du CPAS de Brasschaat, dont le Conseil a fait une action pour se mettre à la place des gens qui sollicitent leur CPAS. Ils ont eu pour mission de se vêtir avec 10 € (en seconde main) et de préparer, pour 3 euros maximum par personne, un repas sain avec entrée, plat et dessert pour le groupe. Un bon exercice pour apprendre à compter, qu’ils conseillent à tous leurs collègues. Ceci dit …

Dimanche après-midi, je suis invitée à boire un café chez une amie. Pour ne pas arriver les mains vides, j’ai voulu confectionner un cake.  J’avais des œufs, de la farine et du sucre, mais presque plus de beurre… Mon œil est attiré par un pot de mayonnaise, je me suis rendu compte que mon amie polonaise faisait toujours ses gâteaux avec cela! C’est un substitut parfait à la margarine. Mon amie me félicite du beau cake!


4 décembre 2013

Quand je pars au travail, je vois plusieurs personnes  gratter la glace sur leur pare-brise.  Comme je ne peux pas utiliser ma voiture, c’est quelque chose dont je suis dispensée.

Le livre annuel “Pauvreté et exclusion sociale” démontre que sur une période de 4 ans, un quart de la population belge a été pauvre pendant un certain temps. Mais finalement «qu’est-ce qu’être pauvre» ? La plupart réussit assez vite à joindre les deux bouts.  Dans ce groupe d’études, un emploi et un diplôme restent les facteurs les plus importants pour s’en sortir dans la vie.  Cela concorde avec le contenu des mails que je reçois.  Je suis persuadée que le travail est le meilleur tremplin pour sortir de la pauvreté.  Comme il y a de plus en plus de pauvreté chez les enfants, il est important que les parents puissent aller travailler, spécialement les familles mono-parentales (plus particulièrement les femmes élevant seules leur(s) enfant(s)) qui sont plus vulnérables. Pour cela il faut que les structures d’accueils comme les crèches leur soient accessibles, ce qui ne pourra que stimuler les enfants dans leur développement et ce depuis leur plus jeune âge.  Le manque de crèches augmente. On a besoin de plus de places, mais aussi d’un accueil plus flexible.  Il y a des parents qui travaillent aussi le samedi, ou des jours en semaine après 18h.00.

C’est clair : il ne faut pas grand-chose pour se retrouver dans une situation problématique. On ne s’y attend pas toujours. Quelques collègues députés aussi m’ont raconté avoir vécu des moments difficiles.  L’une d’entre eux m’a même confié qu’elle avait dû prélever de la monnaie de la tirelire de ses filles pour pouvoir acheter du pain.  Cela prouve que tous les politiciens ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche!

On vient de m’expliquer le SEL (Système d’Echange Local): c’est un réseau dont les membres s’échangent entre eux des services (non professionnels), mais aussi des savoir-faire.  Parfois même, on se prête des objets ou on les cède, pour par exemple des produits récoltés du jardin. Les échanges sont mesurés dans une unité autre que l'argent? Il s’agit d’une volonté d'évoluer vers plus de citoyenneté et de solidarité. Ce système me fait réfléchir. Eureka! J’ai trouvé un cadeau de Saint-Nicolas pour les filles dont je suis marraine.  Je leur offre un bon pour une promenade avec les chiens et puis je fais des crêpes!

J’ai laissé tomber mon sèche-cheveux et il ne fonctionne plus.  C’est ainsi que je vais dans un magasin Televil.  Ils ont des pièces de seconde main, ce qui diminue d’autant  le volume des déchets.  De plus, ils mettent au travail des gens qui n’ont aucune chance de s’intégrer sur le marché de l’emploi.  Je trouve un sèche-cheveux pour 4 euros avec un an de garantie.  Je me fais plaisir et j’achète deux verres à vin anciens.

Le Centre de Conseil et de Recherche Budgétaire m’a envoyé par la poste le livre “Vivre sainement avec moins d’argent”. Chaque recette mentionne le prix.  Je regarde ce qui me reste et je décide de préparer un pudding  bicolore (0,10€/personne) et des biscuits au maïs (0.30€/personne). Le pudding  a bonne allure dans mes nouveaux verres! Il me reste 33 euros.


5 décembre 2013

J’ai reçu une invitation de La Maison des jeunes “De Schakel” à Woluwé. Tous les mercredis soirs, les jeunes cuisinent tous ensemble avec un petit budget. Au menu : poulet sauce curry ou à l’aigre-douce avec du riz, suivi d’une salade de fruits au yaourt.  Cuisiner avec eux et manger en leur compagnie est beaucoup plus amusant que de dîner seule. Les jeunes posent  plein de question sur mon action.  Je paie 3 €, ce qui est très raisonnable et prouve qu’il est facile de préparer un repas pour tout un groupe avec peu d’argent.

Je ne me sens pas bien depuis quelques jours, j’ai attrapé un gros rhume.  Lait chaud et thé ne m’aident pas et je décide de m’acheter un remède à la pharmacie.  Je paie 6,64 euros pour me débarrasser d’un nez qui coule, plus que mon budget quotidien!

Je rends visite à l’Asbl Poverello, au coeur des Marolles, pour avoir plus d’infos sur son  fonctionnement.  L’Asbl compte environ 110 bénévoles, dont la plupart vient donner un coup de main un jour par semaine.  Je suis passée tout d’abord à l’accueil, on y contrôle l’accès (les hommes doivent avoir plus de 50 ans) et l’on y vend des tickets-repas : 1 euro pour un repas chaud, 20 cents pour une boisson ou une soupe.  Pour que les gens gardent le respect de soi, on leur demande un peu d’argent.  Comme cela ce sont des «clients».  Dans la cuisine, c’est un juriste qui prépare à manger, un boucher pensionné a fabriqué des saucisses.  Le mardi, il y a des frites au menu, le samedi, des spaghettis.  L’Asbl Poverello loge aussi 40 personnes. Une vingtaine d’hommes dorment dans un dortoir très propre.  Ils préfèrent le contact social plutôt qu’une petite chambre privée. Le lendemain matin à 9 h00, tout le monde doit être parti.  Ils peuvent alors se réfugier au Centre de jour. Le soir, ils doivent être rentrés avant 19h00. A 19h30, les portes sont fermées.  L’Asbl essaie de remettre de l’ordre et de la structure dans la vie de ses «pensionnaires».  Comme “Poverello” est renommée, elle reçoit énormément de nourriture de qualité.  Non seulement de firmes, mais aussi de la Banque Nationale et des ministères.  Des bureaux d’avocats qui ont des sandwiches en excédents les envoient même par taxi.  Poverello dispose d’espace de stockage et redistribue elle-même de la nourriture à d’autres associations.  L’Asbl fait un travail formidable et tout le monde s’y sent à l’aise, «clients» et bénévoles.

Une jeune femme, qui a terminé ses études au mois de septembre et qui a obtenu deux masters, me raconte son histoire.  Avec son diplôme, elle ne trouve pas de job, elle est trop qualifiée et l’Office de l’Emploi ne peut l’aider.  Elle tient le coup en étant serveuse et avec le soutien de ses parents. Beaucoup de ses camarades d’étude ont dû retourner par la force des choses à “l’Hôtel Maman”.  Ainsi, parmi la génération qui vient de terminer ses études, il y a des jeunes motivés, voulant travailler et pourtant qui ont du mal à joindre les deux bouts.

Tout le monde continue à me donner de bons conseils. Max, un ancien élève, me montre où je peux acheter une bouteille de vin bon marché : dans un magasin de bricolage.  Bizarre ! Je prends une bouteille ‘Le Dog’ pour 2,50 euros.  S’il n’est pas buvable, je peux en faire du vin chaud. Ce sera bien pour mon rhume!


7 décembre 2013

Hier, Saint-Nicolas est passé au bureau avec du chocolat et des pralines.  J’en ai amenés à ma voisine plus âgée qui fête aujourd’hui son anniversaire et à qui j’offre toujours une petite attention.  J’ai joué moi-même à Saint-Nicolas hier soir. L’an dernier, mon équipe a gagné le concours de la ”Meilleure gaufre bruxelloise” et nous sommes allés le prouver aux gens de l’Asbl Corvia. Tout le monde était ravi.  Plusieurs personnes ont mangé une deuxième et même une troisième gaufre. Une jeune femme, habitant dans une des maisons sociales, était même présente avec son bébé de 6 jours.  Le sourire sur les visages de tout le monde fait que ces 9,58 euros représentent ma meilleure dépense de ce mois.  Et j’ai moi-même mangé une gaufre, cela me fait un dîner de moins !

 

J’ai reçu un conseil utile pour la période de fin d’année, mais aussi pour toute l’année, du fondateur du site “secondemain.be”. Ce site compte environ 800.000 visiteurs par jour et la rubrique la plus sollicitée est la rubrique “Gratuit”, où les gens offre gratuitement des objets dont ils n’ont plus besoin, et qui pourraient faire plaisir à quelqu’un d’autre.  L’offre est très étendue et diverse.

 

J’ai accompagné Thérèse à la banque. Chaque mois, c’est la même histoire stressante parce qu’elle n’a plus un rond.  Le jour où elle est censée recevoir son argent, elle court quatre à cinq fois à la banque pour voir si le versement a été effectué.  Avec cette allocation, Thérèse doit d’abord payer son loyer ainsi que les charges.  Puis, elle décide, avec son médiateur de dettes, combien elle va pouvoir rembourser à ses créditeurs comme l’hôpital, les fournisseurs d’énergie….  Personne ne lui accorde plus de crédit, elle se trouve sur liste noire.  Avec ce qui lui reste, elle achète immédiatement quelques produits de base comme des pâtes, du riz, des œufs, du pain…

Une amie, qui a été bénévole chez télé-accueil, m’explique ce qu’ils font. Elle y a reçu des coups de téléphone de gens qui réussissent à peine à se maintenir. Téléphoner au 107 est gratuit pour entrer en contact  avec quelqu'un qui vous écoute dans le respect, l'anonymat, le non-jugement et la confidentialité, 24 h/24.  Des bénévoles à l’écoute qui font la différence !

Sur Internet, un petit film montre comment fabriquer un “chauffage” avec un moule à cake, 4 bougies chauffe-plats et 2 pots de fleurs en terre cuite.  Plusieurs personnes m’ont transféré le lien et je décide, ce samedi matin frileux, de tenter l’expérience. Après une demi-heure, je sens déjà une petite différence. Les pots deviennent brûlants. Ce n’est peut-être pas l’idéal quand il y a des petits enfants dans les environs.


9 décembre 2013

Je suis invitée pour le dîner chez Grégory et sa femme. “Appartement” est un grand mot pour les 2 pièces et la petite cuisine dont ils disposent. Mais je suis très touchée quand je remarque la peine qu’ils se sont donné pour bien m’accueillir.  Ils ont poussé les meubles pour avoir plus de place pour la table, joliment décorée d’une nappe, de serviettes et des bougies de leur mariage,…  Je suis contente de ne pas être venue les mains vides : j’ai acheté une bouteille de rosé et j’ai fait une tarte tatin.  Après l’apéro, Grégory nous sert de la soupe aux tomates d’une boîte, suivie par son “spaghetti spécial” avec des keftas au lieu de hachis et des petits gâteaux comme dessert.  La femme de Grégory, Ine, me confie que je suis leur première invitée. Ils n’ont pas les moyens d’inviter des gens et ils n’ont pas beaucoup d’amis. Quand elle me dit qu’elle aimerait bien sortir un soir avec son époux, je propose de leur garder leur petite fille. Ils m’offrent un pot de sauce spaghetti pour à ramener à la maison. Incroyable l’hospitalité avec laquelle ils m’ont accueillie, alors qu’ils ont vraiment du mal à s’en sortir.  Je les inviterai bientôt.

 

Je me fais du souci à propos de mon budget. J’ai dépensé 172,47 euros jusqu’à présent. Heureusement il me reste des pilons de poulet et un steak, du pain, des macaronis, du riz, un demi-chou, du yaourt et du beurre de cuisson. Avec les œufs, le lard, les chicons, le lait et la pâte feuilletée je peux me faire une quiche.

Que je n’aurais pas dû faire ? Ne pas acheter impulsivement de la choucroute et des saucisses, juste parce que j’en avais envie.  Ni aller boire un café avec des amis parce qu’il faisait froid, cela m’a coûté 6 euros. La plus grosse dépense était le spectacle de danse de ma filleule, cela peut bien me valoir trois jours de jeûne.

 

Les paroles d’Ine raisonnent dans ma tête. Elle regrette de ne pas pouvoir acheter de cadeaux, alors que la période de Noël approche. Elle a acheté un petit arbre de Noël, mais c’est tout.  Combien de gens se retrouvent dans cette situation ?

C’est ainsi que les Samaritains ont commencé leur “action boîte à chaussures”, parce que tout le monde a droit à un cadeau à Noël. Vous prenez une boîte à chaussures, vous y mettez 10 produits non-périssables ou des boissons non-alcoolisées, ainsi qu’une carte de vœux.  Vous emballez le tout dans un papier cadeau et vous le portez à un des endroits où on les recueille (http://www.shoe-box.be).

Dimanche, je suis occupée toute la journée. Le matin, j’aide à préparer la salle pour le concert de notre harmonie,  dans laquelle je joue du saxophone.  Le concert débute à 15 h00. Tout s’est bien déroulé et le public est enchanté du gâteau d’anniversaire , tout le monde en reçoit un morceau.  Notre harmonie fête ses 140 ans. Chaque musicien reçoit 2 bons pour une consommation. Et ces 2 limonades au cola sont les seules boissons que je puis me permettre.

Il ne me reste plus que 7,53 € jusqu’au 14 décembre…


11 décembre 2013

Je n’aime pas me promener munie de si peu d’argent.  Et ce qui me gêne vraiment, c’est de ne pas disposer de carte bancaire.  Ce petit bout de plastique procure un véritable sentiment de sécurité.  S’il devait arriver quelque chose, on dispose d’argent malgré tout.

Un crédit accordé trop facilement peut enfoncer les personnes dans la pauvreté. Qui n’aimerait pas avoir un beau cadeau pour ses enfants sous l’arbre de Noël ?  Alors, il y a la solution d’emprunter facilement 200 euros via un simple SMS.  On dispose de l’argent très vite, mais avec de lourdes conséquences.  Un homme m’a fait savoir par courriel combien il était difficile de sortir de la spirale du crédit négatif.  Une petite recherche via Internet m’apprend qu’il y a plein de sociétés douteuses de crédit.  Elles font la promotion de petits crédits d’un mois, le “crédit-flash”.  Pour de petits montants, jusqu’à 500 euros, l’intérêt est faible. Mais si on lit le texte en petites lettres, l’intérêt peut monter jusqu’à  400 %.  C’est totalement illégal, mais ces sociétés de crédit à la consommation cherchent  à chaque fois des façons de détourner la loi. Mes collègues Nele Lijnen et Joeri Vastersavendts ont remis à l’ordre du jour ces crédits douteux, à plusieurs reprises, au Sénat.  Refusez de pareils crédits!  Mais, si on s’est fait malgré tout avoir, on peut porter plainte auprès de FOD Economie.

Ma sœur continue à m’apporter des pommes de son jardin.  J’en ai déjà fait de la compote, des tartes aux pommes, une tarte tatin et un cake aux pommes. Maintenant je découvre la recette d’une soupe aux pommes avec des oignons, du gingembre et du curry. Ça a l’air bizarre, mais c’est très bon! Pourquoi ai-je maintenant l’impression que l’on ne donne que des programmes de cuisine à la télévision?  L’eau me vient à la bouche mais je n’ai pas les moyens d’en acheter les ingrédients.

Hier soir, je suis allée voir un match de football entre l’équipe dames de l’asbl Corvia, les “Jeannekes”, et l’équipe du Fedasil. La BXLR Cup réunit 13 équipes, toutes dépendantes d’une institution sociale à Bruxelles. Elles s’entraînent toutes les semaines et jouent un match par mois.Il s’agit surtout d’une activité sociale, mais les dames sont très motivées et veulent gagner. Malgré nos encouragements, les Jeannekes perdent 2-5. L’organisation des matchs est une collaboration entre la Belgian Homeless Cup et l’asbl Hobo. La ligue de Football paie l’arbitre. Ils viennent de conclure un deal avec BX Brussels qui joue en 4ème division. A partir de janvier 2014, leur équipe A entraînera toutes les semaines deux équipes du BXLR Cup. En échange celles-ci iront encourager BX Brussels lors de leurs matchs à domicile. Une belle initiative sociale!

Quand je sors du métro, je passe regarder les containers près de la Gare Centrale, inaugurés par le Prince Laurent, en marge du Plan Hiver.  Quatre containers, avec 16 places pour SDF accompagnés de leur chien.  Ils sont refusés dans beaucoup d’endroits.  Il y a des lits, mais aussi des sanitaires et des douches.  Un SDF que j’ai rencontré trouve que c’est une bonne solution.  Son chien est son seul ami.  Il préfère dormir dans la rue plutôt que d’avoir un toit, sans son animal.


13 décembre 2013

Thérèse m’a, à nouveau, demandé de l’aider à choisir quelques vêtements parmi ceux offerts à l’Asbl Corvia. Il y a de très chouettes choses. Je me dis que je pourrais aussi regarder dans mes armoires et en sortir ce que je ne porte plus. Je me suis rendu compte que l’Association a toujours besoin de vêtements, surtout de lingerie et de bas et chaussettes.

Je n’avais jamais entendu parler de «l’Union Belge des Denturistes». Leurs «membres», après avoir suivi une formation de 3 ans, suite à un diplôme de technicien dentaire, deviennent Denturistes.  Ils sont spécialisés dans les prothèses dentaires : les prises d’empreintes, la mesure des occlusions, les essayages, la fabrication et le placement. La formation n’est pas encore reconnue en Belgique. Dans les 2 écoles, à Herstal et à Anvers, les étudiants ont besoin d’exercices pratiques. Pour cela, il existe une collaboration avec des maisons sociales. Ainsi, ils proposent leurs services à un public défavorisé, partiellement ou totalement édenté. Avec une prothèse dentaire, ces gens voient augmenter leur chance de trouver un travail, d’avoir une vie sociale ou de nouer de nouveaux contacts.  Il va de soi que le patient doit d’abord aller chez un dentiste et que sa bouche soit saine. L’Union des Denturistes rêve que non seulement la formation, mais aussi le titre et l’exercice de leur profession soient reconnus officiellement. Pour sortir de l’illégalité, il faut une décision politique …     

Le mail d’un professeur de cours du soir me touche: au lieu d’organiser une fête à la fin de l’année dans leur classe, ses élèves ont décidé de participer à l’action «boîte à chaussures».  Avec l’argent, destiné à la fête, ils achèteront de la nourriture non-périssable.

Je suis passée chez les Infirmiers de la Rue, à Bruxelles. Cette Asbl va à la rencontre de patients qui sont dans la rue. Leur travail se base également sur la prévention et l’éducation à la santé. Ils jouent un rôle d’intermédiaire médico-social entre les personnes en grande précarité et les professionnels de santé et de l’aide sociale. Ce qui les dérange vraiment est la «discrimination», le fait que tout le monde voit les SDF comme des alcooliques ou des drogués.  Il y a tant de raisons pour lesquelles ces gens ont atterri dans la rue et ils ne sont pas tous toxicomanes.  Les Infirmiers de la Rue essayent de les réintégrer dans un système régulier. Ainsi, ils ne donnent pas de soins médicaux sur place, mais dirigent les personnes vers des structures de soins spécialisées. La plupart de leurs patients vit entre 8 et 20 ans dans la rue. Il est primordial de leur trouver  un toit, mais le suivi est tout aussi important.  Leur tout nouveau projet s’appelle «Housing fast », en collaboration avec le marché privé. En ce qui les concerne, ils estiment que les associations sur le terrain devraient se faire mieux connaître et être plus valorisées.  L’organisation met déjà, depuis des années, les toilettes gratuites, les urinoirs, les fontaines d’eau à Bruxelles, en carte. Et cela montre que notre Capitale a besoin de bien plus de toilettes publiques. Le manque de wc est non seulement un problème pour les SDF, mais aussi pour tout le monde. Tout à l’heure, j’ai dû entrer dans un café pour pouvoir aller aux toilettes.  Normalement, je consomme alors quelque chose, mais je n’ai plus d’argent.  J’y suis vite allée «en stoemelings» comme on dit à Bruxelles …   

Avant-hier, j’ai acheté un pain et de la charcuterie. Il me restait alors 3,52 euros dans le porte-monnaie. Toutes les choses que j’ai regardées hier soir, au marché de Noël, étaient appétissantes. Il me reste un jour… et j’ai encore  un peu de nourriture dans le frigo. J’ai craqué pour un cougnou à 3 euros que maman aime tellement. Plus que 52 cents …

14 décembre 2013

« Ce qui compte ne peut pas toujours être compté et, ce qui